A quoi servent les noms scientifiques?

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A quoi servent les noms scientifiques?

Message par Reptoterraclub le Ven 16 Mai 2008, 23:06

Date de première parution: 01 avril 2006

Pourquoi s’écorcher les lèvres avec ces Aeluroscalabotes felinus, ces Pararhabdophis chapaensis ou encore ces Prasinohaema prehensicauda ? Bon… J’ai pris les meilleurs comme exemple c’est vrai ! Mais ces noms sont souvent plus impressionnants qu’imprononçables, une fois l’effort de lecture fait il est facile de les répéter. Mais à quoi peuvent servir les noms scientifiques : A frimer seulement ?

D’une part les noms scientifiques sont universels. La nomenclature zoologique créée par Linnée dans les années 1750 est un langage sans frontières. Partout dans le monde Physignathus cocincinus représente la même espèce. D’autre part les noms scientifiques sont les seuls noms valides pour désigner une espèce parmi les quelques 8 240 espèces que comptent les reptiles. Les noms communs (ou vernaculaires) n’ont aucune validité scientifique. D’ailleurs ils sont flous, représentent souvent plusieurs espèces sous un même nom et changent d’un pays à l’autre, d’une région à l’autre, d’une personne à l’autre ! Ils ne permettent pas de recherches efficaces. Le terme « milk snake » représente aux Etats-Unis ou au Canada plusieurs espèces de Lampropeltis, dont les caractéristiques physiques, physiologiques et de vie en captivité sont totalement différentes ! Les noms communs sont très utilisés outre-Atlanntique. Il semble que les français et allemands sommes bien plus atatchés aux noms scientifiques que les anglo-saxons ou même les québécois. Il n’est pas rare de se faire séchement rabrouer par nos cousins canadiens sur des forums à cause de nos noms à rallonge ! Mais voilà, devant un « eastern bluey » je suis perdu… Alors que je sais ce qu’est un Tiliqua scincoides, un japonais ou un Ougandais le saura aussi !

Trop souvent, les débutants n’ont que faire de ces noms. Pourquoi retenir un nom aussi compliqué que Physignatus cocincinus quand on ne veut pas se lancer à corps perdu dans la terrariophilie et qu’on veut juste une beau lézard pour faire joli dans le salon ? Parce que, et c’est du vécu, lorsque vous arrivez chez un vendeur, ou un terrariophile confirmé avec un soucis et que vous lui dite : « J’ai mon lézard qui ne mange pas. » Votre interlocuteur va vous demander : « C’est quelle espèce ? » Réponse : « Un Iguane… enfin… je crois. C’est un lézard grand comme ça et… vert. » Là, si l’interlocuteur est méchant il va vous sortir toutes les espèces grandes comme ça et vertes : Physignathus cocincinus, iguana iguana, Basiliscus plumifrons et j’en passe… Mais le problème est totalement différente si vous avez un Iguana iguana végétarien et un Physignathus cocincinus insectivore ! Surtout s’il ne mange pas ! D’où l’importance de noter le nom scientifique de l’animal et de le garder comme une référence !

Le nom scientifique est le seul moyen d’identifier à coup sûr un animal. C’est comme pour une voiture. Si vous allez chez votre garagiste et que vous lui dites : « J’ai une berline rouge… Elle ne mange pas… Pardon, elle ne démarre pas. » Le garagiste va immanquablement vous demander : Marque, modèle, année… C’est pareil pour les animaux de terrarium : Nom scientifique SVP !

Comment ça marche ?
Les noms scientifiques, à tort nommés nos « latins », sont souvent issus de noms grecs, latins ou une latinisation d’un mot indigène (Ex : Varanus qui vient de l’arabe « Waran »), d’une localité (ex : Lampropeltis mexicana), ou du nom d’un savant à qui on rend hommage (ex : Acrantophis dumerilii en hommage à Duméril). Souvent le nom a un rapport avec une caractéristique physique de l’animal : Aspidites melanocephalus qui signifie : A tête (cephalus) noire (melano). Les grands classiques qu’on retrouve souvent comme flavescens (jaune), niger (noir), guttata (tacheté), lineatus (ligné), radiatus (raidé), pictus (peint) ou les combinaisons comme : Quadrilineatus (à quatre lignes) ou flavolineatus (à ligne jaune). Mais d’autres noms ne veulent parfois absolument rien dire ! D’ailleurs, les autorité qui gèrent la nomenclature zoologique internationale ont durci les règles de choix du nom. Les chercheurs devront désormais mettre des noms en rapport avec l’animal. Car il y eu des abus comme mettre le nom de sa femme ou de son groupe de rock préféré !

Le nom scientifique lui même est composé obligatoirement d’au moins 2 mots : Le genre puis l’espèce : Ex : Python molurus. Python est le genre, molurus l’espèce. Parfois, un troisième mot se rajoute : la sous-espèce. Ex : Python molurus bivittatus. Une espèce n’a pas obligatoirement de sous-espèces. Toutefois, si une espèce est divisée en sous-espèces, il y en a obligatoirement plusieurs. Ex : Python molurus bivittatus, Python molurus pimbura et Python molurus molurus. La dernière formule est dite sous-espèce nominative, elle n’est pas toujours présente, c’est en général la première sous-espèce décrite qui conserve ce nom. On trouve aussi des espèce nominatives comme : Natrix natrix, et sa sous-espèce nominative : Natrix natrix natrix. Ca en fait des natrix mais c’est pas là pour faire joli !

Le genre (le premier mot) regroupe une à plusieurs espèces. Dans la classification linnéenne on va des traits généraux aux plus particuliers. Le genre regroupe des groupes d’animaux aux traits communs, les différences entre ces groupes d’animaux sont répartis dans les espèces (le genre Python comprend différentes espèces). Le genre lui même appartient à une famille, qui appartient à un ordre etc…

Le nom du genre et celui de l’espèce ne peuvent être isolés ! Un genre a obligatoirement une espèce et une espèce est attachée à un genre. S’il n’y a qu’une espèce dans un genre, le genre est dit monotypique (idem pour une espèce qui n’a pas de sous-espèces). Parfois, l’espèce n’est pas encore décrite précisément, les recherches sont en cours ou il y a n manque d’informations. Les spécimens ont alors un nom « temporaire » mais qui n’a pas grande valeur. Il est noté : sp. ou ssp., parfois spec. Ex : Tiliqua sp. ou Tiliqua sincoides ssp. Aujourd’hui, la, mode est d’attribuer des numéros. Mode qui n’apparaît pas encore trop chez les reptiles mais courante chez les poissons et les arthropodes.

L’importance de la bonne différenciation des espèces et de leur nomination tient dans le concept même d’espèce. Bien qu’il y ait des exceptions (qui mettent bien à mal les chercheurs en ce moment !), deux espèces sont séparées par la barrière génétique! C’est à dire que deux spécimens sont d’espèces différentes quand leur patrimoine génétique est trop différent pour donner des descendants fertiles en cas d’accouplement hybride. La classification des êtres vivants n’est qu’un outil pour le chercheur, elle n’a aucune valeur dans la nature elle-même. Les animaux n’en sont pas conscients, sauf pour ce qui est de l’espèce (voir la sous-espèce) qui est la seule différenciation effective, génétique et souvent comportementale. Important n’est-ce pas d’avoir la même espèce quand on veut reproduire des animaux en terrarium !

La différenciation des espèces est souvent facile à l’œil nu. Pour les sous-espèces c’est parfois plus difficile, ça tient parfois au décompte des écailles céphaliques, ou à une zone de répartition précise (insulaire par exemple) qui a fait que des spécimens isolés ont vu leur patrimoine génétique se modifier. Cela n’a pas toujours d’impact sur leur anatomie ! En effet, avec la génétique, les seuls critères anatomiques ne sont plus suffisants comme ce fut le cas pendant plus de 2 siècles. Pour respecter le patrimoine génétique des animaux, il est déconseillé (et contraire à l’éthique ?) de faire se reproduire des sous-espèces différentes. D’ailleurs, dans certains cas, les échecs en reproduction captive de certains spécimens issus de localités différentes ont conduit les chercheurs à se demander s’il ne s’agissait pas de sou-espèces différentes. En effet, il peut y avoir incompatibilité entre sous-espèce (par exemple des phéromones différentes). C’est surtout le cas quand les populations sont réparties sur des îles (ex : Morelia viridis).

Un nom scientifique est écrit en italique, la première lettre du genre est en majuscule quelque soit sa place dans la phrase. Le nom scientifique est un mot invariable, il, est indépendant des règles de grammaire et ne s’accorde avec rien !

Un petit plus…
Dans l’usage courant des noms scientifiques, on utilise uniquement les noms latinisés en italique : Genre, espèce, sous-espèces. Mais dans la littérature et les nominations officielles apparaît parfois un mot final en majuscule, parfois mis entre parenthèse, suivit d’une date. Qu’est-ce ? C’est le nominateur et la date de la nomination. Cela permet d’une part de signer un nom scientifique, car derrière ce simple nom il y a un énorme travail de recherche ! Mais aussi de différencier les travaux de différents chercheurs qui parfois on ajoute des sous-espèces ou approfondi les travaux de prédécesseurs. Néanmoins, le nom du dernier nominateur n’apparaît pas dans le nom final de l’animal. En effet, c’est toujours le nom du premier descripteur qui apparaît avec la date de la première nomination de l’espèce. Les différents chercheurs qui ont apportés des modifications apparaissent dans la liste des synonymes : Un historique de toutes les modifications que l’espèce a subit au fil de l’histoire.

Ex : Furcifer pardalis (CUVIER, 1829). Jadis nommé Chamaeleo pardalis, il a changé de nom en 1986 avec KLAW & BÖHME. La dernière description date de 1999 par NECAS, mais le nom n’a pas changé. Pourtant le nom de Cuvier est maintenu car il est le premier nominateur. S’il est entre parenthèse c’est parce que le nom du genre que le premier nominateur a donné est différent aujourd’hui. Cuvier le plaça dans le genre Chamaeleo. S’il était resté dans le genre Chamaeleo, il serait écrit : Chamaeleo pardalis CUVIER, 1829, ce qui était le cas avant 1986.

Conclusion :

Retenir et noter le nom scientifique d’un animal quand on l’achète est primordial. C’est lui et seulement lui qui vous permettra de faire des recherches efficaces sur cette espèce et sa maintenance. Les noms changent souvent, surtout depuis que la génétique s’en mêle. Parfois il y a de grandes restructurations comme celle du genre Elaphe. Les genres « fourre-tout » qui regroupent des dizaines d’espèces à travers le monde sont souvent amenés à disparaître et à éclater.

Astuce : Pour trouver des infos sur un moteur de recherche comme Google, utilisez le nom scientifique ! Vous verrez c’est bien plus efficace !

A voir : Reptile database - http://www.tigr.org/reptiles/search.php

(c) Vincent Noël
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